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Daniel Perreault

8 mars 1939 — 11 juin 2026

Anecdotes

Anecdotes & témoignages

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Daniel était un homme bon.
Quand il est venu rencontrer mon père pour demander ma main, mon père a dit oui ; il a compris que sa fille aurait une vie heureuse avec son futur gendre.
Daniel, c'était un appui indéfectible. Grâce à lui, j'ai eu accès à la fierté d'être femme. Il a su me rendre heureuse. On a cheminé ensemble durant plus de 62 ans ; dans les moments difficiles, je savais que je pouvais compter sur son écoute, sur son support. Ça a d'abord été lors de nos études. Ça allait de soi pour Daniel que j'avais comme lui, à parcourir le cursus universitaire.
Un jour d'examen, j'ai eu un problème d'auto. Affolée, je l'ai appelé, je lui ai demandé d'aller passer l'examen à ma place. Il a refusé, mais il est venu me reconduire jusqu'au local de l'examen. Finalement, tout s'est bien passé.
Avec le recul, je réalise qu'on a fait tout en double : les années d'externat, d'internat ; les années de spécialité ; l'important, c'était d'être ensemble.
Avec le support de Daniel, j'ai pu apprivoiser mes doutes quant à ma capacité d'être mère. Un des souvenirs les plus précieux que je garde de l'accouchement de mes enfants, c'est la voix de Daniel dans mon oreille, qui me redit les instructions de l'infirmière, du médecin qui s'occupaient de l'arrivée de nos fils.
Il aurait peut-être souhaité suivre l'exemple de ses parents qui ont eu 14 enfants... Comme l'important était, au plus près possible, que chacun de nous puisse suivre le chemin désiré, il a été heureux que notre famille compte trois enfants. Il a été un père fier de ses trois garçons. C'était primordial pour lui, que chacun d'eux puisse suivre son propre chemin, découvert peu à peu, au long des années.
Son amour pour ses enfants était aussi grand, à mon avis, que l'amour qu'il avait pour moi. L'arrivée de nos petits-enfants, ça a été comme des cadeaux. Daniel éprouvait du contentement à me voir jouer avec eux, à me voir m'occuper d'eux. Félix et Médéric se rappellent avec bonheur des « papillones » que grand-papa leur préparait pour le dîner du vendredi. Jusqu'à la fin, leurs noms étaient très présents pour lui, alors qu'à quelques reprises les derniers temps, il a pu brièvement montrer une certaine confusion quant aux noms de ses fils.
Dans sa belle-famille, il a connu deux beaux-frères et quatre belles-sœurs, car Madeleine faisait déjà partie de la famille.
L'atmosphère calme, confortable, en présence de ses beaux-frères, lui était déjà familière, ressemblant assez à ce qu'il connaissait déjà avec ses trois frères. Mais c'était autre chose avec ses belles-sœurs, qui rivalisaient, non en nombre (Daniel a eu dix sœurs), mais plutôt au niveau de la communication. En effet, ça discutait fort, de façon mouvementée, dans l'entourage des belles-sœurs. D'une certaine façon, il y retrouvait ce qu'il avait très bien connu à la maison familiale avec ses sœurs.
Comme son père, c'était un homme de famille. Les réunions familiales avec une trentaine de personnes et plus, à mesure que les années s'additionnaient, représentaient des dates importantes sur son calendrier. L'arrivée progressive des nombreux neveux et nièces, c'était de bon augure, à son avis, pour l'enrichissement familial. Sa disponibilité discrète mais toujours fiable a été constamment présente, tant au niveau de sa famille qu'au niveau de nos deux belles-familles.
Au niveau de son travail, ses obligations de psychiatre ont toujours occupé une place très importante dans sa vie. Le travail des professionnels qui faisaient équipe avec lui pour le soin des malades était une partie essentielle de son implication psychiatrique. Il les appréciait beaucoup. Il aimait ses patients qui, je pense, le lui rendaient bien.
Régulièrement, il me remplaçait pour les gardes à l'urgence. Il y connaissait plusieurs des personnes qui s'y présentaient. Semble-t-il qu'il était un des psychiatres les plus en demande à l'urgence, quand il travaillait à Albert-Prévost. Une collègue m'a raconté qu'un soir où elle attendait l'autobus dans le voisinage d'Albert-Prévost, elle a remarqué un homme qui attendait l'autobus lui aussi, et qui semblait ne pas bien aller ; en réponse à sa question, l'homme lui dit qu'il a perdu son psychiatre, Dr Perreault. À ce moment-là, Daniel était à la retraite depuis trois ans.
Ces dernières années, la terrible maladie qui l'affectait a fait en sorte que Daniel m'attendait. C'est vrai que j'ai malheureusement fait attendre beaucoup de monde, étant souvent en retard. Mais avec Daniel, c'était autre chose. Il m'attendait en général, sans irritation, sans impatience, je dirais presque avec sérénité. J'ai compris qu'il savait que je viendrais, que je serais là. Quand il me voyait, il disait « ah, tu es là ! » avec un petit sourire jusque dans ses yeux.
Deux mots de Nietzsche, que m'a suggérés Olivier, me parlent bien de Daniel.
« Les contradictions, les incartades, la méfiance joyeuse, la moquerie sont toujours signes de santé : toute espèce d'absolu relève de la pathologie. »
« Nous aimons la vie, non parce que nous sommes habitués à vivre, mais parce que nous sommes habitués à aimer. »

Micheline Reid-Perreault

22 juillet 2026

Le temps qu'on prend pour dire je t'aime . C'est le seul qui reste au bout de nos jours .

Les voeux que l'on fait les fleurs que l'on sèment chacun les cueille en soi-même .

Au beau jardin du temps qui court.

Chère Daniel c'est à ton tour de te laisser parler d'amour .

Merci Daniel d'être passer dans ma vie . Lise

Lise Reid

30 juin 2026

À travers leur plante respective, Gemma et son frère Daniel restent présents pour nous.

La famille Nicol: Richard, Serge, Denise, Robert et Yves

Robert Nicol

30 juin 2026

Mon père avait le sens du timing, ses réparties, ses mimiques, ses gestes savaient nous surprendre, nous apprendre quelque chose de durable.
Depuis son décès, les anecdotes abondent à ce sujet et , pour lui rendre hommage, j’aimerais en partager certaines avec vous; spontanément, dans les conversations de deuil, on cherche à faire durer le réconfort que représente pour nous tous ces petits souvenirs qu’on a de lui.
On me parle par exemple de son style inimitable, alliant élégance et défi au conformisme. Cravates flamboyantes, beau chapeau, mais aussi bottes de cowboy ou de fourrure de loup de mer. Raffinement vestimentaire, mais avec une petite touche de bizounage – des lunettes aux coussinets raboudinés à la gomme à mâcher, par exemple, pour reprendre un souvenir évoqué par son petit-fils Médéric. Face au défi logique que posait, pour une nature emportée comme la sienne, les choses qui se brisaient autour de lui, une solution simple, efficace et innovante s’imposait et, en même temps, c’était son originalité à lui qui cherchait à s’imposer, urbis et orbis, à la face de la ville comme à celle du monde.
Ajoutons à ce trait un profond désir d’aider ses proches.
Mon frère Guillaume me contait récemment un souvenir du temps qu’il travaillait dans une boulangerie et devait s’y rendre l’hiver à vélo. En tant que père soucieux de la sécurité de son gars, Daniel s’en faisait pour les problèmes potentiels liés au freinage sur une surface glissante et en tant qu’homme progressiste, il ne pouvait être question pour lui de se contenter de donner des conseils, de prêcher la prudence : c’était pour lui beaucoup plus simple, plus efficace de fouiller les surplus de l’armée pour trouver une paire de mitaines conçues pour laisser l’index libre, de manière à faciliter le freinage. Et plutôt que d’expliquer sa démarche, il était beaucoup plus simple, plus efficace pour lui de mimer le geste que fait le militaire avec son index quand il tire à la carabine l’hiver. Pour ses proches, une condition essentielle au partage d’expérience, c’était de comprendre comme d’instinct où il voulait en venir dans ce genre de situations.
Mon frère Mathieu, lui, me contait récemment un souvenir du temps où il organisait ses fêtes d’adolescent dans notre merveilleuse maison familiale. Alors qu’il parlait avec un de ses amis près de la porte d’entrée, Daniel surgit du garde-robe, tout bonnement. Il s’y trouvait depuis un certain temps, assurément parce qu’il lui fallait chercher ou réparer quelque chose.
La liste des choses à faire est si longue quand on a une mémoire comme la sienne. Une mémoire d’homme qui, comme le soulignait Jean, le mari de Marique, pouvait passer un an sans te parler mais se rappelait exactement ce qui t’arrivait, trouvait le moyen de reprendre sans délai le fil de la dernière conversation.
Et pas juste la liste des choses à faire, l’inventaire des choses à dire, à donner. Pour sa nièce Pascale, Daniel, c’est l’homme aux mille suggestions de lecture, l’homme à l’air épanoui quand il sort de la librairie avec des sacs remplis de beaux livres tout neufs, l’homme qui sait disséminer le plaisir d’apprendre.
Mon père fut un homme de peu de mots – mais quels mots! Songeur un moment, il savait ranimer des conversations, en y jetant des réflexions comme on jette une bûche au feu, des réflexions qui avaient le don de sortir du champ gauche, de nous surprendre et de nous accompagner longtemps après. Quand il parlait, ses propos laissaient place à interprétation et, selon ma conjonte Annie, c’était voulu. Récemment, alors qu’elle était dans notre chambre à boire son café bien fort en méditant sur la passe plus difficile qu’on traverse, elle s’est souvenue d’une matinée où, nous réveillant après une nuit trop courte, on commentait en étudiants désabusés le fil des actualités déprimantes – je revoie la table de cuisine de chez mes parents recouverte de divers journaux, la Presse, le Devoir, la Gazette. Lui, tout chic, tout pimpant, se préparait à partir pour le travail et dans un élan d’enthousiasme, il nous déclara : tout ça, c’est grâce à l’amour! Là il a pointé le plafond, il m’a pointé moi, l’a pointée elle, et a répété ensuite : tout ça, c’est grâce à l’amour. Traversant en un éclair le quart de siècle qui la séparait d’Annie maintenant, le souvenir a fait son chemin jusque dans notre chambre ensoleillée et remplie de vieux meubles, de livres et de plantes, pour lui rappeler le travail accompli, dans ces 25 ans, le travail qui réside en amont du cadre de vie, du confort du quotidien, pour lui rappeler que tout ça, on l’avait accompli grâce à l’amour et qu’on n’avait pas à s’en faire trop pour le sort du monde.
Pour finir ma rétrospective, je vais vous conter un fragment d’une balade de voiture. Je suis sur la banquette arrière avec mes parents, jeune adulte, les 12 hommes rapaillés viennent de sortir, c’est la saison où je découvre Miron et voilà justement qu’il rompt la monotonie de l’autoroute en confiant à ma mère une pensée qu’il a eu en se remémorant d’un des vers de l’Homme rapaillé. Je suis heureux d’apprendre que lui aussi partage cet intérêt, cherche à le faire parler de son rapport à Miron, il se braque un peu bien sûr parce que pour lui, c’est jamais la démarche qui est intéressante mais la découverte, qu’elle que puisse être la démarche, et dans son desir même de parler du poète et de refuser d’en parler, c’est tout le rapaillage du monde qui s’exprime, à travers le temps.
Je pense à ces vers du poème l’Art poétique :
dans un autre temps mon père est devenu du sol
il s’avance en moi avec le goût du fils et des outils
mon père, ma mère, vous saviez à vous deux
nommer toutes choses sur la terre, père, mère

j’entends votre paix
se poser comme la neige…

olivier perreault

29 juin 2026

Mon hommage comportera trois souvenirs.

Un premier souvenir: nous sommes au début des années soixante. Daniel et moi, nous sommes dans la même classe comme étudiants en médecine. À la pause, entre deux cours, nous marchons ensemble dans le corridor qui est attenant à la salle de cours. Daniel me parle de science-fiction. Comme disent les français, la science-fiction, ce n'est pas vraiment ma tasse de thé. Mais Daniel en parlera avec animation et il saura retenir mon attention. Ce sera peut-être moins le sujet lui-même qui retiendra mon attention que la manière de Daniel d'en parler. Il en parle avec une certaine passion. J'entends un homme capable de passion. Il se montrera animé d'une certaine flamme intérieure. On sent une présence, on sent quelqu'un qui se révèle dans ses paroles, on sent quelqu'un qui est vrai. À posteriori, je suis tenté de penser que, de façon confuse, implicite, à mon insu, sans doute, ces brèves conversations de corridor, auront créé un lien où aura pu germer le projet que je partagerai bientôt avec Madelaine de présenter Daniel à Micheline..

Un deuxième souvenir. Nous sommes maintenant quelques années plus tard, nous pratiquons le même métier. Nous sommes tous les deux psychiatre et psychanalyste et nous sommes dans le même hôpital, le Pavillon Albert-Prévost. Je suis responsable de l'enseignement dans le département. À ce titre, chaque année, à la fin de l'année académique, je fais le bilan de l'année avec les résidents. Chaque année, j'entends le même discours: le résident de Daniel apprécie beaucoup le Dr Perreault.

Un troisième souvenir beaucoup plus récent. Lors d'une conversation téléphonique avec Micheline, la conversation est parfois émaillée de confidences, de part et d'autre. Micheline, un jour, me dira: au départ, ça a été un coup de foudre Daniel et moi. Oui pensais je, par devers moi, un coup de foudre qui saura se transformer en un engagement amoureux de plus de 60 ans. Micheline et Daniel ont été heureux ensemble et, ce faisant, ils ont contribué à rendre heureux Mathieu, Guillaume, Olivier et les petits-enfants.
J'ai le privilège d'avoir connu certains bonheurs dans ma vie et peut-être que le bonheur d'avoir contribué à faciliter la rencontre de Micheline et Daniel, et partant d'avoir contribué à leur bonheur, n'est pas le moindre de mes bonheurs.
Je vous remercie de votre attention
Wilfrid

Wilfrid Reid

29 juin 2026

Quel esprit brillant, homme sensible, avec un humour irrésistible!!! Toujours une anecdote drôle ou intéressante à raconter!
Bonne route dans l’au-delà mon oncle 💗

Reid Gaudet Marike

29 juin 2026

La dernière journée

À 10 h 25, j'ai doucement frappé à la porte de la chambre de M. Perreault et l'ai ouverte pour le réveiller. Il a ouvert les yeux et a dit « Allo » pendant que j'ouvrais les rideaux. Je l'ai aidé à s'asseoir sur le lit, lui ai donné ses médicaments et lui ai massé le dos avec du Voltaren pour soulager la douleur de ses côtes fracturées. La douleur était moins intense que la veille, ce qui était bon signe.

Nous sommes allés à la salle de bain pour lui rincer la bouche et lui mettre son dentier avant de l'habiller, de nettoyer son orteil et de lui mettre un nouveau pansement sur son ampoule. Nous nous sommes ensuite dirigés vers la table de la cuisine pour le petit-déjeuner. Après qu'il eut mangé autant qu'il le pouvait, nous nous sommes installés dans son fauteuil confortable du salon et avons regardé une émission de télévision japonaise. L'histoire racontait celle d'une jeune femme qui, en rentrant du travail, avait trouvé un homme mourant dans la neige et l'avait ramené chez elle, où son père et elle l'avaient soigné jusqu'à sa guérison.

Il avait du mal à rester éveillé pendant la journée depuis une semaine, et ce jeudi-là n'avait pas fait exception. Il s'est endormi devant la télévision, alors je ne l'ai pas dérangé pendant une heure. Je l'ai réveillé pour l'emmener dans la véranda où il s'est assis pendant que je dînais. Le trajet entre le salon et la véranda était très difficile et nécessitait de nombreuses pauses, des réorientations et un soutien, car ses jambes étaient de plus en plus faibles et la douleur de ses fractures rendait les mouvements difficiles.

Après avoir terminé mon dîner, nous sommes allés nous promener pendant deux heures en fauteuil roulant. Nous nous sommes arrêtés dans un parc que nous fréquentons souvent, avec un magnifique saule pleureur et peu de monde. Nous sommes restés assis là une vingtaine de minutes à écouter les oiseaux et les autres bruits de la nature, profitant du soleil chaud et de la chaleur tropicale de cette journée humide. Il était éveillé et présent, non pas endormi, mais calme et un peu mélancolique. Nous avons continué à marcher, serpentant dans les rues tranquilles et admirant les beaux jardins, tandis que je fredonnais et sifflais pour lui. Nous sommes rentrés à la maison et je lui ai donné de l'eau fraîche et un Ensure qu'il a siroté lentement pendant le reste de l'après-midi pendant que je lui lisais des histoires à voix haute jusqu'au retour de sa femme et au moment où il était temps pour moi de partir.

Marie Isler

25 juin 2026

Fin des témoignages

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